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Le (Royal) Sport Nautique de Bruxelles

Avant-Propos

Toutes les informations ci-dessous sont tirées – sauf mention contraire – du Bulletin Communal de la Ville de Bruxelles (BC), de l’Almanach (puis Annuaire) du Commerce et de l’Industrie de Bruxelles et ses Faubourgs (AC) et des minutes des assemblées générales du (Royal) Sport Nautique de Bruxelles (AG) ainsi que des rapports de réunion de la Commission Administrative (puis Conseil d’Administration) (CA). Le but est de compléter l’ouvrage de Victor De Meyer par des sources externes ou des archives retrouvées.
Par ailleurs, jusqu’en 1892, le garage à bateaux du Royal ne sera pas confondu avec le siège social de la société ; c’est pourquoi ces deux entités feront l’objet de chapitres distincts.

 

Le RSNB et le nerf de la guerre…

Même si les comptes rendus des réunions des instances du club contiennent rarement des informations financières, il n’en est pas moins intéressant de connaître les échelles de prix.

– Prix moyen du pain d’1kg en 1865 : 0,35 BEF (BC)
– Salaire moyen journalier d’un cantonnier en 1865: 1,5 BEF (BC)
– Salaire journalier du Directeur de la Voirie en 1880 : 8 BEF (BC)
– Valeur en euros d’1 BEF 1865 : 4,44 euros (Statbel)
– Valeur en euros d’1BEF 1912 : 4,01 eur (Statbel)

Si l’on se base sur Statbel, le cantonnier de 1865 gagnerait actuellement 6,66 €/jour ou, si l’on se base sur le prix du pain, 4,3 pains d’un kg soit +/-16 €/jour.
Au cours de ses 50 premières années, jamais le montant des cotisations ne figurera dans les minutes des AG ou du CA du Royal malgré deux discrètes allusions à de « légères augmentations » (1872 et 1896). Ce n’est qu’en 1912 que les montants de cotisation suivants figureront dans le rapport de l’AG :

– Membres Actifs : 50 BEF / an (entre 200€ et 500€ 2020)
– Membres honoraires : 10 BEF / an (entre 40€ et 100€ 2020)
– Membres vétérans : 10 BEF / an

En outre, la location d’une cabine de vestiaire reviendra dès 1880 à 15 BEF /an.

En recoupant ces données avec des montants de cotisation connus dans d’autres clubs nautiques à la même époque (Caen : 22 Ffrs, Paris 35 Ffrs) et en comparant avec le prix des amendes disciplinaires (5 ou 10 BEF), on peut estimer la cotisation des premières années du SNB à 30 BEF/an pour les membres actifs.

Ces montants expliquent sans doute le nombre élevé de démissions ou de radiations (pour défaut de paiement) du « Sport » sans parler de la contestation systématique par les membres des amendes qui leur étaient infligées par la Commission Administrative à laquelle succèdera le Conseil d’Administration (pour faire simple, nous les abrègerons tous deux CA).

La floraison des amendes au milieu des années 1870 fera partie des griefs invoqués par les « modernes » face aux « anciens » qui entraîneront le Schisme de 1878 et la création du Cercle des Régates.

Sachant que les différents bateaux (périssoires, outriggers, gigs, canoës, barques …) coûtaient entre 400 et 1.800 BEF 1865, sans parler des avirons et frais liés (embarcadère du Pont de Laeken, charrette de transport des barquettes), les personnes de qualité qui ont créé le Royal ont préféré domicilier leur société à Bruxelles-Ville plutôt qu’à Laeken ou Molenbeek, communes alors seules riveraines du Canal de Willebroeck, en espérant certainement le soutien financier de leur riche commune hôte.

 

Siège Social du (Royal) Sport Nautique de Bruxelles (le « Local »)

Après les AG constitutives de 1865 à Laeken, la Commission Administrative de la société proposa à ses membres de conclure le bail d’une salle de réunion au (Grand) Café Suisse sis 6 place de la Monnaie, au coin de la rue Fossé-aux-Loups, en face du Théâtre de la Monnaie.


Le journal de Bruxelles 04/12/1865
Suite à l’AG du 16 novembre 1865

 

 

Nous n’avons pas pu retrouver d’illustration de ce bâtiment probablement parce qu’il fut démoli vers 1890 pour laisser place à l’Hôtel des Postes (Grand-Poste, Poste Centrale) qui fut à son tour remplacé par le Centre Monnaie en 1971.

Pour en revenir au Café Suisse, c’était en 1865 l’un des trois Cafés les plus prestigieux de Bruxelles avec ses voisins sur la même place : le Mille Colonnes remplacé par l’horrible immeuble occupé par la bibliothèque Muntpunt au coin de la rue de la Reine et le Trois Suisses devenu le Café de l’Opera côté rue des Princes. Il s’agissait non seulement d’un établissement luxueux, rendez-vous de la bourgeoisie mais aussi d’un très grand établissement qui annonçait fièrement posséder 12 billards. (AC). Il abritait en outre plusieurs associations, clubs ou sociétés qui s’y réunissaient et y disposaient d’une boîte aux lettres intérieure. Ceci étant, le prestige a son prix et à la présentation du bail lors de l’AG du 18/09/1865, le prix demandé par l’exploitant, M. Bertrand était de « douze cents francs par an », ce qui ne sembla pas soulever beaucoup d’émotion dans la très bourgeoise assemblée.

Heureusement que la société dépassa rapidement les 100 membres et que les premières régates en 1866 furent un succès auquel la Ville contribua par un subside de 4.000 BEF de l’époque car cela permit de soutenir ce choc financier pendant quelques années.

Mais ce n’était pas encore assez pour l’exploitant des lieux qui dès le 27 décembre 1866 demanda par lettre à la société de se réunir au moins une fois par semaine dans son local. Il fallait bien faire tourner le commerce. Autre apparition de M. Bertrand dans les minutes du CA : le 26/10/1867, il envoie sa facture pour les vins d’honneur offerts lors des Régates de septembre.

Il n’est donc pas tellement étonnant de voir la société se diriger en 1868 vers un autre café, le Champs Elysées, 144 rue de Laeken pour un loyer ramené à 400 BEF / an à condition que l’exploitant, M. Parain, puisse occuper la salle de temps à autre. (Voir CA du 6 avril 1868 qui évoque aussi la nécessité de pouvoir entreposer les archives, insignes, drapeau et autres objets de valeur appartenant à la société).

Le Royal semblait pleinement satisfait de son local au Champs Elysées car le CA du 26 avril 1877 accepte sans sourciller une augmentation de 100 BEF en même temps qu’une réduction de la disponibilité de la salle de réunion. Un petit local est néanmoins prévu à l’usage exclusif de la société pour l’entreposage de son matériel administratif et les réunions de la Commission Administrative.

Hélas, ce sera le chant du cygne au Champs Elysées car les AG de 1877/78 semblent avoir été tellement houleuses que l’exploitant va tout d’abord réclamer le remboursement des dommages occasionnés à son mobilier (CA du 7 mars 1877 qui verra aussi la démission collective du CA fraîchement élu). Mr Parain profitera aussi du coup de force des « anciens » (dissolution de la Société lors de l’AG du 13 avril 1878) pour déclarer le bail résilié d’office malgré la « reconstitution » du Royal lors de l’AG du 4 mai 1878. (Voir CA du 8 mai 1878)

Le président Louis Orts, qui s’était tenu en réserve de la république durant toute la durée de cette bataille d’Hernani, conseilla de ne pas insister et de vider les lieux.

Notons que c’est à l’occasion de ces AG que le Vice-Président Speeckaert utilisa l’article 9 du Règlement (on ne parlait pas encore de statuts) réservant le droit de vote aux seuls fondateurs et membres ayant payé leur cotisation au moins 5 années consécutives. Il excluait ainsi d’office du vote la plupart de ceux qui du coup créeront en 1879 le Cercle des Régates.(1879 est aussi l’année de l’admission de Paul Quillet, grand bienfaiteur du Royal !) L’application de cet article 9 ne fut pas sans conséquences sur la vie du Club qui, même durant son apogée dans les années 1890-1914, ne verra que 15 à 25 membres maximum participer au vote lors des AG alors que le nombre total de rameurs frôlait les 200.

L’Almanach du Commerce n’étant pas toujours complet, il faudra attendre 1882 pour retrouver la trace du Royal de retour au Grand Café Suisse. Remarquons que le Cercle est lui établi au Quai de Willebroeck 23 soit à côté du garage du Royal.

 

Il n’est cependant pas douteux que les conditions ont changé, que le Royal n’y a plus qu’une simple boîte aux lettres et ne loue qu’occasionnellement une salle de réunion car les minutes du CA font régulièrement allusion aux archives et autres possessions entreposées chez le secrétaire ou le vice-président.

 

 

 

 

Ce retour aux sources ne durera pas tellement longtemps car dès le 11/03/1880, le CA envisage un bail avec le Café de l’Opéra (hélas intraçable) avant de se retrouver dans l’Almanach de 1890 au 48 rue des Bouchers.

 

 

Le 48 rue des Bouchers situé à l’angle de la Galerie du Roi dans la partie supérieure de la rue

 

 

 

 

A partir de 1892, le siège social de la Société se confondra donc avec l’emplacement du garage : d’abord Quai de la Voirie 2 angle Quai de Willebroeck 22 puis dans la première propriété du Royal au 76 Allée Verte (*) en 1894 et enfin au 168 (*) Chaussée de Vilvorde à Neder-Over-Heembeek à partir de 1913 ; les AG de 1911 et 1912 ayant lieu à la Taverne de Londres rue de l’Ecuyer peut-être suite au conflit avec l’entrepreneur.
(*) Numérotation de l’époque !

Pour la fine bouche, remarquons que, par conséquent, de 1892 à 1897 et de 1913 à 1921, le Royal Sport Nautique de Bruxelles ne disposera donc plus d’aucune assise sur le territoire de la Ville car ce n’est qu’en 1897 que Bruxelles annexera les territoires molenbeekois et laekenois riverains du Canal jusqu’à l’Allée Verte et en 1921, avec la grande extension Nord, les communes entières de Laeken, NOH et Haren.

Les schémas ci-après seront plus éclairants :

 

 

Le canal extra-muros / Situation 1865

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le canal extra-muros / Situation 1905