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A la Ferme des Boues

Certaines sources -dont Wikipedia- situent le premier garage du Sport Nautique de Bruxelles dans l’ancien Port intra-muros de la Ville soit quelque part ci-dessous :

 

 

NB Remarquez le décalage entre le canal de Charleroi creusé dans les fossés de la deuxième enceinte, terminé en 1832 et la fin du Canal de Willebroeck (Canal de Bruxelles au Rupel)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Or cette localisation du garage y est tout-à-fait improbable en 1865 pour plusieurs raisons :

– L’exiguïté des bassins et canaux intra-muros surencombrés de barques de tout tonnage rendait la pratique sportive impossible ;
– Le prix des immeubles le long des quais occupés par la bourgeoisie d’affaire
– La volonté farouche du bourgmestre Jules Anspach de combler tous les plans d’eau à l’intérieur de la première enceinte et de relocaliser le port en dehors de ladite enceinte.

Aucune des AG ou CA ne fait d’ailleurs allusion à un garage existant avant 1866.

Par ailleurs, le site du pont de Laeken était déjà occupé par des loueurs de barquettes qui faisaient les beaux jours des plaisanciers du dimanche mais qui y rendaient le « rowing » aussi impossible que le 50km/h en voiture de nos jours à l’heure de pointe.

Il fallait donc trouver un site entre les deux. Comme nous l’avons déjà souligné, les fondateurs du Sport étaient des gens de qualité bardés de relations dont M. Robyns, directeur de la Voirie de Bruxelles et M. Laroux, inspecteur du Canal. Ces deux personnalités furent d’ailleurs gratifiées du titre de « membres protecteurs » de la Société Sport Nautique de Bruxelles lors de la séance de la Commission Administrative du 14 mars 1866.

C’est donc sans doute M. Robyns qui proposa à la jeune Société l’usage d’un hangar faisant partie de la nouvelle Ferme des Boues (voir Addendum I) installée juste au-delà des limites de la Ville, après la Porte du Rivage, sur le territoire de Molenbeek-Saint-Jean. (voir schéma p6 et illustration ci-dessous)

 

La Porte du Rivage côté Bruxelles

 

 

 

 

 

L’AG du SNB remercia d’ailleurs la « Régence » (sobriquet du Collège de la Ville) par lettre votée lors de l’AG du 16 mars 1866.

Le fait qu’au même moment, ladite Régence concède l’exploitation de la Ferme des Boues à l’entrepreneur Joos n’empêcha ni l’installation des bateaux du SNB ni l’influence de M.Robyns qui intervint à plusieurs reprises pour aider la Société (par exemple pour l’ouverture des grilles entre le garage et l’embarcadère, ou l’extension du garage en 1869/70 – CA du 16/01/1869).

Malheureusement, l’exploitation de la Ferme des Boues s’avérant non rentable (pour Joos) et insatisfaisante (pour les citoyens de Bruxelles), le collège décida en 1871 d’en reprendre l’exploitation en régie et, par la même occasion de récupérer son hangar. M. Joos en informa le CA du RSNB le 27/6/1871.

 

 

Bulletin communal 1871, T1, vol5, p405

 

 

 

 

 

 

 

A nouveau grâce à M. Robyns, le SNB obtint un bout de terrain adjacent à la ferme sur lequel la Société fit édifier à ses frais un nouveau garage sous la supervision de son premier Directeur du garage, M. Boursier.

C’est de cette époque que date la technique de collecte de fonds par souscription auprès des membres (CA 09/07/1866) ainsi que la tradition des disputes avec les entrepreneurs. Dans ce cas-ci M. Decleene ou Declune ou Dielens selon la graphie du secrétaire rapporteur des séances du CA.

Le fait d’être propriétaire du bâtiment aussi rustique soit-il (murs en bois, toiture en zinc) incita le/la CA à investir dans le confort de ses membres :

– 23/05/1873 : construction d’armoires
– 09/06/1873 : raccordement à l’eau de la Ville et loges/cabines dans le vestiaire du premier étage
– 24/04/1874 : décision d’installer le gaz
– 11/05/1876 : déplacement des lieux d’aisance, installation d’une douche dans la conciergerie et achat de 6 chaises

C’est donc dans de relativement bonnes conditions que le RSNB accueillit innocemment Robert Louis « Cigarette » Stevenson et son compère Walter « Arethusa » Simpson le 27 août 1876. (voir Addendum II).

Une carte de 1882 nous donne plus de précisions sur la localisation du garage même si un élément n’est pas visible : la jonction entre le canal de Charleroi et celui de Willebroeck se fait en chicane sous le pont de la porte du Rivage et non via le bassin d’évacuation dont l’issue vers l’aval est trop étroite.

La Ferme des Boues occupe l’espace désigné par le chiffre « 89 » au centre de la carte.

Il s’agit donc de la première localisation sur carte du RSNB dont l’adresse officielle était 2 Quai de la Voirie, Molenbeek, avec une façade au 22 Quai de Willebroeck alors que le Cercle des Régates (« Sociétés soeurs issues de la même mère ») occupait le 23 Quai de Willebroeck, peut-être le « Chalet de Hemptinne ».
Le 03/03/1886, il fut communiqué à l’AG que la Ville de Bruxelles insistait pour conclure un bail (précaire) en bonne et due forme, probablement pour avoir les moyens juridiques d’expulser la Société en vue des travaux du Canal Maritime qui se faisaient annoncer.
Il ne faut cependant pas imaginer que ce garage offrait un confort extraordinaire comme en témoigne le Président Jean Puttaert (voir Addenda III et IV) :

Extrait du discours de Jean Puttaert le 27 octobre 1911 (Inauguration du bâtiment de NOH)
« Le nouveau local (NDLR : le garage de l’Allée Verte) nous paraissait superbe en comparaison du peu confortable réduit que nous quittions Quai de la Voirie où la Ville de Bruxelles avait l’amabilité de nous héberger moyennant quelques francs par an.
Quelques anciens néanmoins regrettaient le vieil hangar en bois où ils avaient vécu si heureux les plus belles années de leur jeunesse ; tous auraient donné volontiers améliorations et perfectionnements pour retrouver les heures trop tôt évanouies, les amis disparus à jamais.
Et cependant, quelle misérable installation ! Un long boyau étroit, obscur, un seul passage entre deux rangées de bateaux accrochés aux parois menant à un autre couloir servant de vestiaire. A l’entrée, une petite loge de concierge servant de salle de réunion à la dizaine de membres qui parvenaient à grand peine à y prendre place.
L’air était embaumé des parfums de la Senne et des émanations de la Ferme des boues et personne ne se plaignait.
L’amitié et la cordialité rendaient aimable ce séjour qui eût paru horrible si on ne l’eût considéré à travers le prisme de la jeunesse »